Cyrano

© Bervil 1999, Luc Villemaire 1995

Je n'ai pas le mérite
De ne déranger personne
Avec des mots du jour
Des rythmes à la mode
Mes propos ont le style
Du clochard sans vergogne
Celui qui interpelle
Votre confort monotone

Je ne suis pas des amis
Qui n'ont plus rien à dire
Sans danger qu'on invite
Au banquet des tranquilles
Envers moi on hésite
Ma présence est un risque
De devoir réfléchir
Plutôt que de dormir

Faut-il être muet
Se taire et puis sourire
Pour goûter au buffet
Qui vous fait tant frémir
Il paraît pourtant bien
Maigre pour l'avenir
S'il ne laisse désormais
Qu'une place aux plus dociles

Avec le courage de Cyrano
C’est par des mots je bataille
L’hypocrisie que je tenaille
Avec la folie de Cyrano

Faut-il ne voir plus rien
Et toujours applaudir
À tout ce qui convient
Aux marchés des empires
Oublier son prochain
C’est la règle de mise
Pour cet ordre qui tient
Par l'autre que l’on méprise

Donc je ne suis pas de la fête
Pour servir les somnifères
Ou pour laisser ma tête
Au comptoir du vestiaire
Penser notre destin
C'est un devoir de vivre
Pour qui veut que demain
S'ouvre à tous et délivre

Avec le courage de Cyrano
C’est par des mots je bataille
L’hypocrisie que je tenaille
Avec la folie de Cyrano

Avec la folie de Cyrano
Je suis rebelle jusqu'aux entrailles
Au risque de vos représailles

Et de finir comme Cyrano