Mon chez-nous

© Bervil 1998, Luc Villemaire

J'ai froid à faire la queue
J'attends sur le trottoir
Que s'ouvre le dortoir
Pour me chauffer un peu

Comment j'en suis venu
À traîner dans la rue
Pour trouver à manger
Moi qui fut si aisé

Quand ma femme est partie
J'ai brisé de partout
Mon foyer fut détruit
J'ai perdu mon chez nous

J'étais bien dans ma ville
Je travaillais docile
Mon patron au marché
M'a toujours bien traité

J'ai encore pas compris
Qu'on m'ait laissé tomber
Que ma femme m'ait lâché
Et qu'on m'ait mis à pieds

Si les enfants me rassurent
Que je suis toujours leur ami
Je suis de moins en moins sûr
D'être utile dans leur vie

Mon chez nous
J'ai perdu tout
Je veux me reprendre
Mon chez nous, m'y rendre

Mon chez nous
J'ai perdu tout
Je veux me reprendre
Mon chez nous, m'y rendre


On m'avait promis mieux
Je suis allé m'y briser
Sur un projet pas sérieux
Mon chômage y a passé

Je suis devenu chambreur
Où l'absence m'envahit
Où je partage mes peurs
Avec d'autres mal pris

On dit du dernier recours
Qu'il s'agit du bien-être
Mais la misère y est toujours
La plus laide, la plus traître

Y'a des douleurs de la vie
Qui sont plus dures que la mort
La solitude qui te détruit
Et les doutes, et les remords

Alors j'ai cherché l'oubli
Dans les drogues et faux amis
J'ai perdu ma dignité
Dans la rue je me suis retrouvé

Ou suis-je?
Moi à qui ne reste rien
Que vivre?
Où serai-je demain?

Mon chez nous
J'ai perdu tout
Je veux me reprendre
Mon chez nous, m'y rendre


La honte du mendiant
C'est pas d'achaler les gens
La peur de l'itinérant
C'est de croiser ses enfants

Je sais pas remonter
La pente où j'ai glissé
Je veux trouver une bouée
Un espoir où m'accrocher

Y'en a qui m'ont parlé
D'un nouveau genre de foyer
De personnes seules et fragiles
J'aurais fini mon exil

Mon chez nous
On m'accepte à mon chez nous
Pour me reprendre
Mon chez nous, m'y rendre

Mon chez nous
Je reviens à mon chez nous
Pour me reprendre
Mon chez nous, m'y rendre

 

L'organisme Mon chez-nous inc.

 

 

Une solitude en 1993