Recherche action et profil de secteurs

Pour la Corporation de développement économique communautaire (CDÉC) de Hull
Année 2001-2002

Luc Villemaire, consultant
MédiaRecherche enr.

Il s'est agi d'un contrat de service intervenu pour la période du premier mai 2001 au 30 avril 2002, qui consistait à coordonner une démarche rigoureuse destinée à établir un profil socio-démographique ainsi qu'une planification stratégique pour un certain nombre de secteurs ciblés par la CDÉC de Hull.

Origines Les corporations de développement économique communautaire (CDÉC) ont été constituées afin de répondre à un constat, soit celui de la désintégration économique et sociale de certains quartiers. Faire le diagnostic de la pauvreté ne suffisait pas. Les solutions préconisées et les moyens déployés demandaient aussi un minimum de concertation. C’est dans cette perspective que l’on confiait en 1996 à la CDÉC de Hull le soin d’« assurer la prise en charge collective du développement économique et social des quartiers défavorisés de Hull/Aylmer par sa population, afin d’améliorer ses conditions et son cadre de vie ».

Pour réaliser sa mission, la CDÉC de Hull s’est investie dans une diversité d’interventions. Il lui manquait toutefois un outil essentiel pour rendre cohérente son action à l’égard de tous les besoins des milieux : un plan de développement qui cernerait les principaux ingrédients d’une stratégie de revitalisation économique et sociale impliquant les différents acteurs concernés. C’est dans ce but que la CDÉC s’est donnée les moyens de réaliser des études sur les quartiers ciblés.

 

Moyens

L’une de ces études est une recherche action. De cette recherche action devait découler les bases d’un plan de revitalisation permettant une meilleure stratégie de développement mieux concertée. Ce plan devait :

Établir un portrait du quartier;
Dresser un état de la situation;
En fonction des besoins, des forces, des faiblesses et des opportunités, identifier les pistes d’interventions prioritaires; et
Procurer des indicateurs de résultats qui permettent un suivi mesuré.

À l’instar d’autres démarches, les objectifs généraux recherchés par les plans de revitalisation étaient :

D’augmenter la concertation, la mobilisation et la synergie des acteurs intervenant dans le quartier;
De contribuer à l’orientation des actions et des interventions dans une approche globale de revitalisation adaptée aux conditions réelles du quartier;
De procurer aux intervenant-e-s de quartier un document de référence et un outil d’information et de communication.

Il y a longtemps que les milieux attendaient un pareil outillage, qui sache tenir de compte autant de l’ensemble que du particulier. Le temps était venu d’observer le réel sous ses deux angles. Il fallait prendre le temps de recueillir, de mesurer et de comprendre les facteurs de risques qui contribuent aux difficultés éprouvées par les quartiers. Il fallait aussi se donner les moyens d’évaluer les potentiels de développement. La recherche action devait permettre de tenir compte autant des contraintes que des ressources que les quartiers subissent ou exploitent, résolvent ou ignorent. Le tout se voulait dans une perspective d’intégration autant que de respect quant à la vision qu’ont les premiers intéressés, les populations et les intervenants, de leurs milieux, de leurs problèmes et des solutions qu’ils voient.

 

Les communautés de voisinage

Résoudre des problèmes sociaux peut passer par des interventions selon la nature des besoins : logement social, santé mentale, éducation et formation, enfance, autonomie et vieillesse, violence, pour ne nommer que celles qui mobilisent plus souvent notre attention. De nombreux organismes interviennent dans ces domaines respectifs. C’est toutefois par la notion de territoire que les CDÉC se donnent une mission d’intervention.

Il est en effet apparu comme une méthode intégrante, inclusive, brisant les cloisonnements, d’envisager l’intervention sur les problèmes sociaux à partir d’une vision globale d’un territoire donné. Que l’on se rapporte au quartier, aux «unités de voisinage», au secteur ou au pâté de maisons, le lieu représente un facteur important qu’il faut prendre en compte à deux égards. L’espace où se rassemblent les conditions de pauvreté, les difficultés économiques, sociales et culturelles, forgent parfois des îlots au milieu d’un monde à la richesse inégale. Toutefois, ce même espace recèle des potentiels de développement social et économique sur lesquels nous nous devons de miser.

La question est de savoir de quel espace parlons-nous? Au-delà des décideurs et des organismes publics qui découpent l’espace selon leurs missions et leurs intérêts respectifs, les études sociales et urbaines en particulier ont démontré l’existence de souches où se développent de manière plus sérieuse une diversité de problèmes liés à la pauvreté. Il n’en demeure pas moins que ces lieux représentent des milieux de vie et des secteurs d’appartenance qu’il faut considérer avec respect dans tous leurs potentiels respectifs.

L’approche CDÉC vise à intervenir sur ces secteurs d’appartenance. Il s’agit d’offrir un soutien par une approche de prise en charge des citoyen-ne-s sur leurs problèmes et sur la résolution de ceux-ci. Pour ce faire, il faut tout d’abord bien définir le milieu de vie, sans omettre aucun des éléments qui y contribuent. Il faut ensuite développer une connaissance de la nature des problèmes qui y sont vécus, des conditions qui caractérisent le secteur. Il faut enfin se donner, ensemble, les moyens d’arrêter un plan de développement qui sache répondre aux difficultés rencontrées par les secteurs.

C’est à ces fins que la CDÉC de Hull a entrepris une démarche importante avec les secteurs ciblés par sa mission. L’ensemble de cette démarche devait conduire à un plan d’action intégré pour l’ensemble de ces secteurs d’appartenance et pour l’ensemble des partenaires intéressés par le développement social et économique de ces secteurs.

Les résultats obtenus ont permis de vérifier l'a propos de la démarche, malgré un certain nombre de difficultés.

Des résultats pertinents

Le projet entrepris pour le compte de la CDÉC de Hull correspondait entièrement à la mission de cet organisme. Il s’agissait de prendre la mesure de l’ensemble des composantes qui caractérisent les secteurs ciblés par la CDÉC. On entend par composante tout ce qui représente à la fois une ressource et une contrainte établies sur le territoire d’appartenance. Cette sociographie devait rendre compte de l’activité humaine, des ressources naturelles, des infrastructures urbaines, des ressources privées comme publiques. Des données statistiques délimitées précisément sur ces secteurs, au niveau immobilier et au niveau démographique, ont complété ces profils.

Mais ces profils n’étaient pas considérés comme les résultats les plus importants de ce projet. Aller vers les intervenant-e-s, les personnes qui s’investissent dans ces secteurs, pour leur permettre d’identifier elles-mêmes les difficultés vécues et les solutions possibles, était un élément fondamental de ce projet. C’est dans cette perspective que des démarches de recherche action eurent cours dans autant de secteurs qu’il fut possible d’entreprendre. Si les résultats de ces démarches peuvent paraître faibles lorsqu’il s’agit de cibler des projets structurants, ils sont néanmoins à la mesure des potentiels réels observés sur les terrains dans la capacité et la limite de la prise en charge du milieu par le milieu. Même les difficultés rencontrées pour compléter les démarches entreprises reflètent les difficultés vécues au sein de ces secteurs, ce qui permet une certaine appréciation des conditions humaines qui caractérisent ces secteurs.

Si le projet a permis d’éprouver (dans tous les sens du terme) les manières de recueillir les informations pertinentes sur les secteurs que l’on souhaite aider, il a davantage permis de mettre en relief tout l’enjeu de la délimitation même des secteurs. On a cherché à cet effet un bassin de population optimal, nommé " communauté de voisinage ", dans un périmètre urbain cohérent, empreint d’une certaine mixité et d’une complémentarité de ressources/contraintes, à distance de marche. La CDÉC de Hull fonctionnait en prenant pour acquis des découpages développés en 1996 par le Comité sur la relance de l’économie et de l’emploi en Outaouais métropolitain (CRÉEOM). Ces découpages avaient conduit à isoler des secteurs éprouvant des difficultés, comme Jean-Dallaire Front, négligeant les potentiels environnant de tels secteurs enclavés. À l’inverse, on y considérait l’Île de Hull comme une entité dans l’analyse de la pauvreté, alors que des secteurs distincts aux problématiques distinctes sont identifiables dans cette entité.

Une étude des dimensions géographiques, démographiques et socio-économiques a conduit à une réflexion, suivie de propositions visant à assurer une observation juste des communautés de voisinages concernées par la mission de la CDÉC de Hull. Sur ces bases, les communautés de voisinage furent redessinées et les données statistiques furent obtenues à leurs sujets. Cinq des communautés de voisinage ciblées, établies dans le secteur municipal Hull, furent étudiées :

Le secteur Jean-Dallaire Front
Le secteur Jean-Dallaire Front
Le secteur Daniel-Johnson
Le secteur Daniel-Johnson
Le secteur Sacré-Coeur St-Rédempteur
Le secteur Sacré-Coeur St-Rédempteur
Le secteur Eddy Papineau
Le secteur Eddy Papineau
Le secteur Mutchmore
Le secteur Mutchmore
Les données obtenues sur ces communautés de voisinage confirmèrent la pertinence de cette démarche

Communautés de voisinage Jean-Dallaire Front Daniel-Johnson Sacré-Cœur St-Rédempteur Eddy Papineau Mutchmore
Surface (m²) 149 587,43 348 344,63 326 978,1 308 804,25 205 707,97
Valeur immobilière en 1997 (M$) 26,3 81,6 100,5 87,7 72,4
Densité (m²/p.) 185,8 104,6 90,3 83,9 60,7
Population en 1996 805 3 330 3 620 3 680 3 390
Croissance 1991 1996 (%) +7 % -2 -5,1 -12 -4
Facteur dominant 10-14 et
45-54 à +5 %
-7 % pour les 65 ans et + -81,6 % pour les 15-19 ans Seule hausse chez les 45-54 ans Baisse des 25-44 ans
Immigration 10,6 % à la hausse 9 % à la hausse 16 % à la hausse 19 % à la baisse 16 % à la hausse
Mobilité (qui ont déménagé) 22 % 1 an

51 % 5 ans

33 % 1 an

60 % 5 ans

28 % 1 an

57 % 5 ans

31 % 1 an

56 % 5 ans

33 % 1 an

60 % 5 ans

Caractéristique des ménages Stabilité Hausse des personnes seules Idem

Baisse des 3 personnes et +

Idem

Inversion totale

Diminution progressive selon le groupe
Monoparentalité 46 % 34 % 14 % 8,9 % 30 %
Logement 1996
locataires
abordabilité
94 %

45 %

94 %

38 %

82,3 %

41 %

76,9 %

37,4 %

90 %

43 %

Chômage
1991
1996
9 %

12,8 %

9,9 %

13,5 %

11 %

14 %

14 %

17 %

15 %

17 %

Revenu des ménages 1995

1990-1995

21 887 $

-23 %

28 368 $

-16 %

24 877 $

-7 %

25 174 $

-10,1 %

18 838 $

-8 %

Il y eut beaucoup d’investissements dépensés à établir ce que nous devions étudier au sein de l’Île de Hull. En plus des deux secteurs figurant au tableau ci-haut, des données intégrales de l’île furent obtenues, comprenant autant les deux communautés de voisinage que la ceinture dite " porte d’entrée " présentement en processus de gentrification.

Les géocodages des secteurs familles dans l'Île de Hull
Les géocodages des secteurs familles dans l'Île de Hull
En reprenant les principales données avec celles obtenues pour l'ensemble de l'Île de Hull, on obtient le tableau de comparaison suivant :

Communautés de voisinage

Sacré-Cœur St-Rédempteur (1)

Eddy Papineau (2)

L’Île de Hull (entièrement)

Surface (m²)

326 978,1

308 804,25

 
Valeur immobilière en 1997 (M$)

100,5

87,7

 
Densité (m²/p.)

90,3

83,9

 
Population en 1996

3 620

3 680

9 230

Croissance 1991 1996 (%)

-5,1

-12

-9 %

Facteur dominant

-81,6 % pour les 15-19 ans

Seule hausse chez les 45-54 ans

Diminution des 15-19 (-3 %)

Immigration

16 % à la hausse

19 % à la baisse

14 % à la baisse

Mobilité (qui ont déménagé)

28 % 1 an

57 % 5 ans

30,6 % 1 an

56,1 % 5 ans

29 % 1 ans

66 % 5 ans

Caractéristique des ménages

Hausse des personnes seules; Baisse des 3 personnes et +

Idem

Inversion totale

Idem

-69 % chez les 6 personnes et plus

Monoparentalité

14 %

8,9 %

23 %

Logement 1996
locataires
abordabilité

82,3 %

41 %

76,9 %

37,4 %

77 %

12 % (à la baisse)

Chômage
1991
1996

 

11 %

14 %

14 %

17 %

9 %

12 %

Revenu des ménages 1995

1990-1995

24 877 $

-7 %

25 174 $

-10,1 %

28 200 $

-6 %

Le projet a généré, au cours de sa première année, une masse documentaire ainsi que des matrices de données qui vont bien au-delà des cinq communautés de voisinage fixées comme objectif en 2001-2002. Il était prévu initialement que ce projet s’échelonne sur deux ans, permettant ainsi l’exploitation de toute ces informations et, par la même occasion, de poursuivre de manière ininterrompue les démarches de recherche action. Les circonstances, au niveau de la mutation organisationnelle des CDÉC en Outaouais métropolitain, ont toutefois provoqué une discontinuité au niveau de la procédure en cours, le projet devant se terminer le 30 avril 2002. Il appartient dorénavant à la succession en matière de développement économique communautaire de déterminer comment le produit, autant fini que brut, de cette démarche 2001-2002, pourra être mis à profit.

On ne pourrait clore ce bref rapport sans mentionner la participation d’une certaine quantité de personnes, représentant des organismes publics et communautaires intéressés par l’ensemble du projet (plutôt qu’un seul des secteurs), rassemblés au sein d’une instance désignée finalement comme un Comité aviseur de la démarche. Ce Comité se rencontra à six reprises.